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Les boîtes de blocs logiques dont disposent aujourd'hui les enfants pour apprendre la mathématique moderne offrent une analogie commode. Ces jeux de blocs logiques, composés de 48 objets, tous différents, accèdent au statut d'objets mathématiques par quatre sortes de relations : 1° de couleur (objets jaunes, rouges, bleus) ; 2° de forme (objets rectangulaires, triangulaires, ronds ou carrés) ; 3° d'épaisseur (objets minces ou épais) ; 4° de grandeur (objets petits ou grands). Pour mettre en évidence la distinction entre, d'une part, collection d'objets et, d'autre part, ensemble d'éléments associés, c'est-à-dire d'objets mathématiques accompagnés d'attributs liés à des relations, on peut supposer qu'à la suite d'une erreur de l'éditeur une boîte de blocs logiques contienne, non pas 48 éléments, mais 49 objets, deux objets étant identiques (deux petits carrés minces bleus, par exemple). 11 «En tant qu'objets, ces deux petits carrés minces bleus ne sont pas confondus. On peut les mettre l'un à côté de l'autre, ils sont deux. Mais ils sont tous les deux les représentants concrets du même objet mathématique (B, Æ, m, ¹). L'ensemble d'éléments associés à la boîte de blocs logiques est, lui, encore formé de 48 éléments, 48 objets mathématiques.» 12 Le passage de l'objet singulier à l'objet mathématique est donc une opération capitale dans laquelle l'objet perd sa singularité au profit des ensembles d'éléments associés, c'est-à-dire des relations dans lesquelles il entre en tant qu'élément et seulement en tant que tel. Sans reprendre en détail la démonstration de Panofsky, il importe de bien se rendre compte que le point de départ n'est pas le tableau de Maffei en tant qu'objet singulier, mais en tant qu'élément d'un ensemble de relations susceptibles de décider l'appartenance, soit à la classe «Judith», soit à la classe «Salomé». X est-il élément de l'ensemble E ? Tel est le fondement de la démarche qui n'admet que deux réponses, l'une excluant l'autre. Qu'il s'agisse de mathématiques ou de sémiologie, le fait est que la connaissance, ou, plus exactement, une certaine connaissance, se fonde sur l'acceptation préalable qu'un phénomène appartient ou non à une classe, c'est-à-dire à une unité abstraite à partir de laquelle la communication est possible, ou, plus exactement, à partir de laquelle les opérations d'une certaine communication se révèlent possibles. Il s'agit là d'un véritable traitement de l'information qui nous échappe presque toujours, tellement il a l'air d'aller de soi. C'est pourquoi l'on ne prend généralement pas la peine de rendre compte du «traitement» qu'on choisit. Panofsky se dispense de préciser qu'il mène son enquête, sur la base de documents photographiques. Ce qu'il cherche, trouve et démontre, tout en se rapportant à l'art, au tableau de Mate, donc à une uvre déterminée, ne requiert pas la présence de l'ouvre originale. A la manière du 49 objet du jeu de blocs logiques, pourrait-on dire, le tableau est ramené d'emblée par l'historien à l'un des éléments de l'ensemble qui se décompose en deux sous-ensembles, celui de «Judith» et celui de <Salomé». Les reproductions imprimées fournissent un matériel suffisant, qui peut même se révéler avantageux par son manque de fidélité... Paradoxe insoutenable Il faut pourtant convenir que des reproductions mécaniques ou des photographies en noir, qui sont approximativement du même format, permettent une manipulation plus aisée et des comparaisons plus sûres. Sont éliminés les couleurs, le modelé, l'éclairage, la touche, la matière picturale, les pigments, la nature du support, que l'auteur tient tous pour des traits non pertinents. Ainsi, et ainsi seulement, peut-il conclure par oui ou par non .' le tableau de Maffei représente Judith et ne représente pas Salomé (X Ý E à J implique X à S).
12. Ibidem, p. 57 |