Voici quelques informaticiens, moins connus que Steve Jobs, Bill Gates, Larry Ellison ou Linus Torvald, qui ont pourtant marqué l'histoire de l'informatique grâce à des contributions toujours d'actualité dans l'industrie.
Il y a parfois plusieurs co-inventeurs, à l'image de la création du langage XML
Parmi tous ces portraits, la majorité a plus de 50 ans et est née en Amérique du Nord (Etats-Unis et Canada)
Année de naissance : 1955
Pays d'origine : Angleterre
Le créateur du concept du World Wide Web est né à Londres le 8 juin 1955. Diplômé de l'Université d'Oxford, il rejoint en 1980 le Centre européen de recherche spécialisé dans la physique des particules (CERN).
Neuf ans plus tard, il propose le concept de lien hypertexte pour naviguer sur le réseau mondial qui deviendra le World Wide Web. En 1990, il conçoit le premier client Web basé sur un éditeur graphique, qui deviendra le navigateur. Quatre ans plus tard, il quitte le CERN pour l'institut en technologies du Massachusetts où il dirige la recherche en informatique.
Toujours en 1994, il fonde le W3C (Consortium du World Wide Web) qu'il dirige toujours aujourd'hui.
Il a reçu le prix du millénaire
Année de naissance : 1950
Pays d'origine : Danemark
Professeur d'informatique à l'Université A&M, au Texas, Bjarne Stroustrup a inventé et développé le concept du langage objet C++, aujourd'hui très largement utilisé dans l'industrie du logiciel, notamment dans l'environnement Windows.
Scientifique danois, il a obtenu en 1975 un master en mathématiques et informatique à l'Université d'Aarhus, suivi d'un doctorat en 1979 délivré par l'Université de Cambridge.
La conception du C++ intervient lorsqu'il prend la tête des laboratoires de recherche d'AT&T, une fonction qu'il quitte en 2002.
Année de naissance : 1968
Pays d'origine : Groenland
Diplômé en 1993 de l'Université de Waterloo, Rasmus Lerdorf est l'auteur de la première version du langage Web PHP (1995), actuellement en usage sur plus d'un tiers des sites Internet dans le monde.
Il a par la suite participé à l'évolution du langage avec Andi Gutmans et Zeev Suraski, désormais propriétaire de Zend Technologies.
Rasmus Lerdorf a également mis au point le module Apache mod_info et travaillé à plusieurs projets Unix depuis 1985. Depuis 2002, l'inventeur du PHP travaille chez Yahoo ! comme ingénieur infrastructure et architecture.
Année de naissance : 1923-2005
Pays d'origine : Etats-Unis
Prix Nobel de physique en 2000, Jack St. Clair Kilby est l'ingénieur du circuit intégré, l'un des composants essentiels de l'électronique et de l'informatique moderne. Intégrés aux processeurs, les circuits intégrés stockent l'électricité sous forme binaires (0 ou 1) par l'intermédiaire de portes logiques. C'est en 1958 qu'il met au point le premier circuit intégré, mais ce n'est pas là sa seule invention.
Né à Jefferson dans le Missouri, ce scientifique a travaillé exclusivement chez Texas Instrument, qui lui doit beaucoup. L'homme réalisera pour cette société la première calculatrice portable et la première imprimante à impression thermique. Au total, il a 60 brevets à son actif. Il s'est éteint le 20 juin 2005 des suites d'un cancer.
Année de naissance : 1906 - 1er janvier 1992
Pays d'origine : Etats-Unis
Titulaire d'un doctorat en mathématiques à l'Université de Yale, Grace Hopper a réalisé la majeure partie de sa carrière dans de la marine américaine. Nommée Amiral en 1985, elle est principalement connue pour avoir codifiée une technique de traduction des symboles mathématiques en une suite d'instruction binaires compréhensibles par la machine.
Ce premier programme compilateur, conçu en 1949, lui a permis, trois ans plus tard, de présenter le premier compilateur capable de traduire de l'anglais en langage machine, facilitant grandement le dialogue entre les développeurs et la machine. Grace Hopper a également soutenu activement le langage Cobol, premier langage dédié au monde de l'entreprise. Elle décède en 1992, après avoir reçu la médaille nationale de la technologie, pour l'ensemble de ses travaux.
L'extraordinaire Grace Murray Hopper
«Il est plus facile de demander pardon que de demander la permission», se plaisait à affirmer Grace Murray Hopper lorsqu'elle rappelait à son auditoire sa vie de pionnière en informatique dans la marine étatsunienne. Cette amirale, consultante en informatique, chercha jusqu'à la fin de sa vie à partager sa passion des sciences avec les jeunes , en particulier les jeunes filles. Car, disait-elle, la jeunesse n'a peur ni de la nouveauté ni de l'expérimentation.
Une enfance sans stéréotype
Née à New York le 9 décembre 1906, Grace est l'aînée de trois enfants. Elle passe une grande partie de son enfance dans la maison de campagne familiale où, en compagnie de sa sur Mary, de son frère Roger et de cousin-e-s, elle grimpe aux arbres, joue à cache-cache, etc. Et si sa mère lui enseigne l'art de la broderie, du point de croix et du piano, son désir de comprendre comment marchent les objets, de démonter et remonter les réveils - elle démonta et remonta entièrement et seule son premier réveil matin à sept ans - est encouragé par des parents, qui croient à une éducation épicène. L'insouciance de l'enfance est assombrie par la maladie de son père, Walter, agent d'assurances. Mary Campbell Van Horne Murray, craignant devenir veuve avec des enfants encore à charge, se résout à quitter l'état de mère au foyer et à prendre la responsabilité financière de la famille. Elle donnera à Grace l'amour des mathématiques. Son père, quant à lui, l'encouragea à ne jamais se plier à la tradition. Au lycée, Grace fait du basket, du hockey et du water-polo.
La meilleure des éducations
A dix-sept ans, elle rentre au Collège de Vassar, université pour les femmes offrant un programme d'éducation équivalent aux prestigieuses universités masculines de l'Ivy League. Elle y fait de brillantes études de mathématiques et de physique. En 1930, elle obtient une maîtrise en mathématiques de l'Université de Yale, qui admet des étudiantes à ses programmes post-grades. Elle rejoint le corps professoral de Vassar en 1931 tout en continuant des études à Yale en vue d'obtenir son doctorat (1934). L'année de sa maîtrise, elle épouse Vincent Foster Hopper, docteur ès lettres (elle divorcera en 1945). Le couple ne vécut ensemble que dix ans et n'eut pas d'enfant.
Le choc de Pearl Harbor
En 1943, l'attaque japonaise sur Pearl Harbor fait basculer la vie de Grace qui abandonne l'université pour «se mettre au service de la Patrie». Elle entre dans la réserve de la Marine et est nommée lieutenante, dans l'active. Elle rejoint alors le bureau de développement de l'intelligence artificielle à l'Université d'Harvard. Elle est la première programmatrice du Mark I (premier et très gros ordinateur de la Marine).
Sortie de l'active en 1946, Grace Hopper est nommée à Harvard et continue ses travaux sur les Mark II et III. C'est là qu'un jour, cherchant à l'intérieur de l'énorme machine ce qui l'empêchait de fonctionner, elle trouva une mite qu'elle enleva délicatement avec une pince. Elle dit alors: «I found the bug» (J'ai trouvé l'insecte/ le problème). Depuis on emploie le vocable Bug pour désigner les virus et autres problèmes informatiques.
En 1946, Grace Hopper travaille au développement de premier ordinateur électronique l'UNIVAC, mille fois plus rapide que le Mark I. Elle est aussi à l'origine de l'invention du langage COBOL (COmmon -Business-Oriented-Langage) car, affirme-t-elle, «j'ai toujours été incapable de tenir à jour mon carnet de chèques».
Une vie bien remplie
Grace Hopper prend sa retraite à l'âge de quatre-vingt ans, mais elle continue en tant que consultante auprès de la Digital Equipment Corporation. Elle a été nommée amirale, la première femme à obtenir ce grade dans la Marine. Jusqu'aux derniers mois de sa vie, elle donne des conférences dans tous les Etats-Unis. Elle est l'invitée de nombreuses émissions de radio où elle encourage systématiquement les jeunes femmes à entrer dans des carrières scientifiques et non traditionnellement féminines. Elle obtient de nombreuses décorations, titres et honneurs, des laboratoires portent son nom ainsi qu'un bâtiment de la Marine Amazing Grace.
Elle avait rêvé de vivre jusqu'au 31 décembre 1999 mais elle mourut dans son sommeil le premier janvier 1992. Elle est enterrée au cimetière militaire d'Arlington avec tous les honneurs de la Marine.
Année de naissance : 1941
Pays d'origine : Etats-Unis
Actuellement à la tête du département "recherche" de l'équipementier Lucent Technologies, Dennis MacAlistair Ritchie est le co-inventeur du système d'exploitation Unix, avec Ken Thompson.
Un beau succès pour ce système né en 1970 et qui devançait encore Windows et Linux en 2004 sur le marché des serveurs, malgré son déclin régulier.
En 1972, Dennis Ritchie et Brian Kernighan mettent au point le langage C qui servira de base au C++ et qui reste très utilisé dans le milieu de l'informatique embarqué et de l'industrie en raison de sa robustesse. Né à New-York, ce chercheur est diplômé d'Harvard en physique et en mathématiques appliqués.
Année de naissance : 1955
Pays d'origine : Canada
L'inventeur du langage Java a dirigé l'équipe qui, en 1991, travaille chez Sun à la mise au point d'un langage informatique prévu pour relier les différents terminaux électroniques et informatiques d'un foyer.
Dans l'objectif de ce projet, on retrouve le thème de la portabilité cher à Java. Le langage voit le jour trois ans plus tard, après plusieurs changements au cours de son développement. Il trouvera finalement son application sur Internet.
Toujours chez Sun Microsystems en qualité de directeur technologique, James Gosling a travaillé également à la création d'Emacs, le traitement de texte sous Unix. Né près de Calgary, en Alberta (Canada), cet ingénieur est titulaire d'un doctorat d'informatique à l'Université Carnegie-Mellon de Pittsburgh.
Année de naissance : 1923
Pays d'origine : Royaume-Uni
Scientifique anglais né à Portland, il étudie les mathématiques et la chimie à Oxford, avant d'obtenir son doctorat d'informatique à l'Université du Michigan.
Employé chez IBM, il met au point entre les années 1960 et 1970 ses théories sur les modèles relationnels de données. Des concepts qui donneront naissance peu de temps après aux produits Oracle et DB2.
Malgré le succès du langage SQL qui a suivi, Edgar F. Codd dénoncera cet outil qu'il considère comme une interprétation incorrecte de ses théories. Il quitte IBM pour fonder sa société de conseil et reçoit, en 1981, le prix Turing Award en récompense de ses travaux. Il est décédé à l'âge de 79 ans le 18 avril 2003.
Année de naissance : 1955
Pays d'origine : Canada
Timothy William Bray a fait partie du groupe de travail nommé par le W3C pour la création du langage XML. Il fut l'un des principaux auteurs de la version 1.0 du langage. On lui doit notamment les Namespaces, outils permettant de qualifier les balises utilisées dans un fichier XML. Auteur du site XML.com, il est désormais employé chez Sun Microsystems.
Après avoir obtenu son diplôme de l'Université de Guelph, il a navigué successivement chez DEC, GTE et est devenu le responsable du projet du nouveau dictionnaire anglais d'Oxford pour l'Université de Waterloo. Il a créé deux sociétés, Open Text Corporation en 1989 puis Antartica Systems en 1999. Entre temps, il a été à l'origine d'Open Text Index, l'un des premiers moteurs de recherche sur Internet.
Année de naissance : 1938
Pays d'origine : Etats-Unis
Robert Khan est, avec Vinton Cerf, le co-inventeur du réseau Arpanet (1975), devenu Internet grâce à la mise au point de TCP/IP, le plus populaire des protocoles à commutation de paquets. Le principe de TCP/IP organise le réseau décentralisé qu'est Internet par la découverte - pour les communications - du meilleur chemin possible à travers les routeurs.
Les travaux de Robert Khan et de Vinton Cerf se sont également appuyés sur le projet Cyclades de Louis Pouzin.
Diplômé d'un doctorat de l'Université de Princeton, Robert Kahn est aujourd'hui président du CNRI (Corporation for National Research Initiatives), un organisme de recherche fondé en 1986.
Après de multiples nuits passées à écrire avec Vinton Cerf des programmes révolutionnaires, il réalise une première démonstration en octobre 1972. Le réseau Arpanet devient opérationnel en juillet 1975, un an après la publication par Robert Kahn et Vinton Cerf des principes de l'architecture et des protocoles de base du futur réseau Internet. Leurs travaux ont valu aux deux hommes de recevoir la médaille Graham Bell décernée par l'institut des ingénieurs électriques et électroniques (IEEE).
Robert Kahn est l'inventeur du mot «internet».
Année de naissance : 1943
Pays d'origine : Etats-Unis
Google recrute un pionnier de l'internet
WASHINGTON, 8 sept 2005 (AFP)
La firme américaine Google exploitant le célèbre moteur de recherche a recruté jeudi pour l'aider dans sa stratégie de développement un sexagénaire connu pour être un "père fondateur de l'internet", l'Américain Vinton Cerf.
M. Cerf, 62 ans, aura chez Google le titre d'"évangéliste en chef de l'internet", a écrit la firme dans un communiqué, le présentant comme un "visionnaire" ayant "transformé de nombreux aspects de nos vies". Selon sa biographie officielle, ce docteur en informatique de l'université californienne UCLA a joué un rôle-clé dans la mise au point de la toile mondiale et de ses technologies de sécurité lorsqu'il travaillait pour une agence spécialisée du Pentagone de 1976 à 1982.
Aujourd'hui, il estime que l'internet va devenir plus largement utilisé encore que les autres médias "télévision, radio ou téléphones" et que son usage va même à terme "s'étendre au-delà de la planète Terre". Contacté jeudi par l'AFP, "Vint" Cerf a indiqué que son travail consisterait à apporter à Google "un mélange de stratégie, de technologie et d'enthousiasme général", pour qu'elle devienne une plate-forme proposant sans cesse de nouvelles manières d'utiliser l'internet. Selon la firme, il sera chargé d'"aider Google à construire des infrastructures de réseau, des architectures, systèmes et normes (d'utilisation) pour la future génération d'applications internet".
M. Cerf a été recruté chez MCI (ex-WorldCom) où depuis 1994 il pilotait le développement de l'opérateur télécoms dans l'internet. Il restera président de l'ICANN, un organisation à but non lucratif créée à l'initiative du gouvernement pour gérer le système des adresses et noms de domaine sur le net.
Auteur principalement de la messagerie sur Internet
Jonathan Bruce Postel (6 août 1943 - 16 octobre 1998), informaticien Américain est l'un des principaux contributeurs à la création d'Internet.
Jon Postel a obtenu son doctorat d'informatique en 1974. Il était l'éditeur de la série de documents visant à établir des standards sur Internet (les RFC, Request For Comments) de l'IETF. Il a apporté une très importante contribution à la création du protocole de communication TCP/IP utilisé notamment sur Internet et dans la plupart des réseaux locaux d'aujourd'hui, décrit dans les RFC 791 à 793. Il était le premier membre de l'Internet Society et le responsable de l'IANA, l'organisation gérant l'allocation des adresses IP sur Internet. Il est mort à la suite de complications d'une opération du cur en 1998.
Jonathan Bruce Postel (August 6, 1943 - October 16, 1998) made many significant contributions to Internet standards. He is principally known for being the Editor of the RFC document series from the IETF; he also initiated and ran the number assignment clearinghouse, the IANA, from its inception to his death. He wrote and edited many important RFCs, including RFCs 0791-0793, which define the basic protocols of the Internet protocol suite, and RFC 2223.
Postel earned a Ph.D. in computer science from UCLA in 1974. He was the first member of the Internet Society and he also served on the Internet Architecture Board and the Board of Trustees of the Internet Society.
His contributions to building the Internet were regarded by his peers as being so great that RFC 2468 was written in his memory. This is no trivial thing given that between 1969 and February 2002, only 3,240 RFCs were published. He himself co-authored more than 200 RFCs. RFC 793 includes a Robustness Principle that is often quoted as "Postel's Law": "be conservative in what you do, be liberal in what you accept from others."
Le 2 septembre 1969, trois scientifiques de l'UCLA, Len Kleinrock, Stephen Crocker et Vinton Gray Cerf, ont créé le premier réseau, en reliant via un câble, deux ordinateurs distants de quelques mètres. C'est à partir de cette date là que vont s'enchaîner les services qui ont donné naissance à Internet : le courrier électronique au milieu des années 70, le système des noms de domaines dans les années 80, puis le World Wide Web en 1990. Durant ces 35 dernières années, le réseau est passé du militaire à l'universitaire, puis au professionnel avant d'atteindre le familial.
Bref historique
Katy Afner et Matthew Lyon, dans leur ouvrage intitulé Les Sorciers du Net (Calmann-Levy, 1999), décrivent ainsi minutieusement la naissance, en octobre 1969, du premier maillon d'Arpanet, l'embryon du réseau qui allait devenir Internet. Le 1er novembre 1969, un troisième ordinateur, situé à l'université de Californie à Santa Barbara, rejoignait les deux premiers. Il était suivi par un quatrième, dans l'Utah, en décembre. Trente ans plus tard, Internet couvre la quasi-totalité de la planète. En juillet 1999, le réseau ne comptait pas moins de 56'218'000 serveurs, selon l'Internet Software Consortium. En septembre, le nombre d'internautes a dépassé les deux cents millions, suivant l'estimation de l'agence irlandaise Nua.

Aucun des trois témoins privilégiés de la naissance d'Arpanet, Steve Crocker, Vinton Cerf et Jon Postel, ne pouvait sans doute imaginer qu'ils assistaient au démarrage d'une des plus extraordinaires aventures du XXe siècle. Pour concevoir un réseau planétaire capable de se développer aussi rapidement, il fallait un visionnaire. C'est Joseph Licklider qui a joué ce rôle. Ce psychoacousticien spécialiste du comportement au Massachusetts Institute of Technology (MIT) a publié, dès le mois d'août 1962, une série de textes définissant le concept de « réseau galactique ». Pour mesurer l'originalité d'une telle idée, il faut se souvenir que le circuit intégré, l'ancêtre des puces d'aujourd'hui, n'avait été inventé que quatre ans auparavant. Le transistor, lui, ne datait que de 1947 et le tout premier ordinateur électronique, l'Eniac, avait été construit en 1946.
Néanmoins, en 1962, le premier satellite de télécommunications, Telstar, commençait à diffuser des signaux de télévision entre les Etats-Unis et l'Europe. Le retentissement médiatique d'un tel événement a probablement aidé Joseph Licklider à imaginer la mondialisation des communications. Sa nomination, en octobre 1962, à la direction du programme de recherche informatique à la Defense Advanced Research Projects Agency (Darpa) lui offrait une position idéale pour concrétiser ses idées futuristes. Encore fallait-il une technique prometteuse pour les mettre en oeuvre.
Leonard Kleinrock, un autre chercheur du MIT, venait justement, en juillet 1961, de publier son premier article sur la « théorie de commutation par paquets ». Il s'agissait de fractionner les données à transmettre d'un ordinateur à l'autre en petits « paquets » de taille identique et contenant chacun une « étiquette » mentionnant les adresses de l'expéditeur et du destinataire. Un numéro d'ordre permettait à l'ordinateur du destinataire de reconstruire les données arrivant en désordre. Ce principe de communication laisse, en effet, chaque paquet libre de suivre un chemin quelconque entre ses points de départ et d'arrivée. Une telle souplesse permet d'optimiser en permanence l'utilisation du débit disponible sur l'ensemble du réseau. Chaque paquet ne « cherche » pas forcément le chemin le plus court mais celui qui est le plus rapide, c'est-à-dire le moins encombré à un instant donné. Il ne mobilise ainsi que le strict minimum de ressources.
Une telle découverte allait avoir des répercussions telles que le monde des télécommunications n'a pas encore fini, trente ans plus tard, d'en subir les contre-coups. La transmission de la voix devrait finir par se plier au principe révolutionnaire des paquets inventé pour les besoins de l'informatique et... de l'armée.
En 1964, la Rand Corporation, un organisme à but non lucratif créé après la seconde guerre mondiale par l'US Air Force, révélait ses travaux sur les réseaux téléphoniques vocaux à commutation par paquets destinés à garantir la confidentialité des communications militaires.
L'ensemble du projet qui allait donner naissance à Internet est ainsi fortement marqué par l'empreinte de l'armée américaine. La Darpa (initialement appelée pudiquement Arpa pour masquer le D de « defense ») n'est autre qu'une agence financée par le Pentagone pour fédérer les recherches pouvant trouver des applications dans la défense.
Fondée en 1958, cette structure s'inscrivait dans le dispositif de crise conçu par le président Eisenhower pour réagir à l'affront infligé aux Etats-Unis par l'URSS. Cette dernière avait en effet lancé, en octobre 1957, le premier satellite artificiel, le fameux Spoutnik, dont le bip-bip horripilait les oreilles des Américains.
Même si Arpanet n'a pas été conçu dans ce but, le réseau distribué qu'il a adopté se distingue des architectures centralisées et décentralisées par son aptitude à fonctionner même lorsque une de ses parties est détruite. Jusqu'à présent, cette caractéristique n'a guère été exploitée. En revanche, un autre avantage de cette structure est à l'origine de son formidable développement.
Sa forme originelle de toile d'araignée, image qui sera exploitée plus tard par le World Wide Web, lui a permis de croître de façon quasi spontanée. En l'absence de centre physique, il n'existe pas de véritable lieu de décision, même si l'attribution des adresses Internet peut être assimilée à une forme d'administration. C'est ce climat « anarchique » qui a permis au nombre de serveurs et d'internautes de croître aussi rapidement.
L'exploitation d'un réseau existant, celui du téléphone, a achevé d'assurer le succès d'Internet. Enfin, le financement public par le gouvernement américain d'Arpanet jusqu'en 1990 et par la National Science Foundation (NFS) de 1987 à 1995 ont artificiellement supprimé les coûts de fonctionnement pour les utilisateurs. De quoi stimuler la phase de démarrage jusqu'à ce qu'une économie autonome, à travers les fournisseurs privés d'accès à Internet, puisse s'établir.
En 1969, personne n'aurait pourtant pu planifier un tel processus. Infrastructure de télécommunication existante et technologie informatique naissante se sont harmonieusement associées pour dépasser rapidement les rêves les plus fous des pionniers. Il faut dire que la Darpa a réussi à attirer l'élite de la technologie américaine. Ainsi, en 1972, elle bénéficiait de l'apport de Robert Kahn.
Ce professeur d'électrotechnique et spécialiste en mathématiques appliquées, en congé du MIT, travaillait pour BBN, une société de conseil créée en 1949 par Richard Bolt, Leo Baranek et Robert Newman qui va jouer un rôle majeur dans l'élaboration d'Arpanet.
Recruté par la Darpa en 1972, Bob Kahn lance l'idée d'architecture ouverte qui conduit à un programme de recherche, baptisé « Internetting », pour assurer la liaison entre réseaux. En plus de la technique des paquets, il fallait développer un « protocole », c'est-à-dire une série de conventions informatiques permettant à la communication de supporter toutes sortes de perturbations telles qu'encombrements, blocages, interruptions ou interférences.
Rejoint par Vinton Cerf, Bob Kahn va créer le fameux TCP-IP (Transmission Transfert Protocol-Internet Protocol) sur lequel reposera toute l'architecture d'Internet. En octobre 1972, c'est Bob Kahn qui organise la première démonstration publique d'Arpanet, qui relie alors quarante ordinateurs sur le territoire américain.
A la même époque, un Français, Louis Pouzin, directeur des projets pilotes de l'Institut de recherche en informatique et automatique (IRIA, ancêtre de l'Inria), travaille à la construction du réseau Cyclades.
Ses recherches, telles que l'invention des « datagrammes », sont reconnues comme majeures dans le développement de la technologie de commutation par paquets qui allait donner naissance au réseau Transpac et, plus tard, à la technologie ATM. C'est dire à quel point la France se trouvait en position de force, dans les années 70, pour prendre l'initiative dans la télématique.
Malheureusement, l'extrême centralisation du système de télécommunications national, géré par France Télécom, ne conduisit qu'à la création du Minitel. Réussite commerciale incontestable, ce réseau fit paradoxalement prendre à la France un retard important dans son entrée sur Internet. Preuve que la technologie ne suffit pas.
Encore faut-il que l'environnement politique et économique favorise l'émergence de solutions de systèmes ouverts sur le monde. Ce fut la grande chance d'Internet. Conçu en marge des grands opérateurs de télécommunications, le réseau s'est répandu comme une traînée de poudre. Trente ans seulement après la création de son premier maillon, il touche aujourd'hui la quasi-totalité des pays de la planète. Vecteur de culture et de développement du commerce électronique, il est devenu un des enjeux politiques et économiques majeurs du XXIe siècle.
Alain Theilkaes
Sources Internet